Ambassadeur de Turquie en Azerbaidjan: « Les relations entre nous pourraient être un exemple pour le monde entier »

La correspondante du journal “Le Carrefour” à propos de l’interview  de Monsieur Erkan Ozoral, Ambassadeur de Turquie en Azerbaïdjan.

Monsieur l’Ambassadeur, quel est le niveau des relations entre l’Azerbaïdjan et la Turquie 

Les relations entre l’Azerbaïdjan et la Turquie sont parfaitement définies par le slogan “ Deux états, une nation”.  A l’heure actuelle, les relations bilatérales sont excellentes. La coopération entre les deux pays existe dans tous les secteurs. Des liens  sont tissés entre les  divers établissements, ainsi il y a des amis de chaque pays dans les établissements de la Turquie et de l’Azerbaïdjan. La raison essentielle est l’absence  de barrière de la langue entre nos deux pays. Ainsi nous sommes une nation car nous sommes deux états qui partageons la même langue, la même histoire et la même culture. Je peux expliquer nos relations  en terme de  fraternité. Vraiment, on ne peut pas l’expliquer autrement. Les relations entre nous sont excellentes et pourraient être un exemple pour le monde entier.

Les entreprises turques sont présentes dans tous les secteurs de l’économie d’Azerbaïdjan. Quel est le niveau de la coopération économie-commerce entre les deux pays?

Comme je l’ai déjà mentionné, nous avons une grande proximité dans le domaine de la coopération économique. La Turquie est le plus grand investisseur dans le secteur non pétrolier. L’Azerbaïdjan est également devenu le plus grand investisseur étranger en Turquie. Nos investissements ici sont d’environ 13 à 14 milliards de dollars. Les investissements de l’Azerbaïdjan sont d’environ 20 milliards de dollars. À cet égard, nous avons une excellente coopération. En même temps, l’Azerbaïdjan et la Turquie sont l’un pour l’autre les principaux partenaires commerciaux. Le volume de notre commerce bilatéral représente un peu plus de 3,5 milliards de dollars. La moitié d’entre eux sont vendus par la Turquie à l’Azerbaïdjan et l’autre moitié par l’Azerbaïdjan à la Turquie. Ainsi, on peut dire qu’il y a un équilibre. Nous encourageons les hommes d’affaires turcs et azerbaïdjanais à accroître leurs investissements pour développer les relations commerciales bilatérales. En plus de stimuler notre commerce bilatéral, il existe également un moyen de soutenir la politique de développement du secteur non pétrolier de l’Azerbaïdjan. Nous encourageons maintenant tous les hommes d’affaires à investir en Azerbaïdjan.

 La position de la Turquie est importante pour transmettre la vérité de l’Azerbaïdjan au monde entier. Cependant, l’échec de la résolution du conflit arméno-azerbaïdjanais sur le Haut-Karabakh est douloureux pour notre pays. Selon vous, quelles autres mesures la Turquie pourrait-elle prendre pour résoudre ce conflit?

La Turquie considère le règlement du conflit arméno-azerbaïdjanais concernant le Haut-Karabakh comme l’une des principales priorités de sa politique étrangère, car il s’agit d’un grave problème pour la Turquie comme pour l’Azerbaïdjan. La Turquie est également préoccupée par l’occupation des terres de nos frères, la perte des abris de plus d’un million de personnes et le fait qu’ils vivent encore avec un statut de réfugiés. Comme vous le savez, la Turquie n’est pas coprésident mais uniquement membre du groupe de Minsk de l’OSCE. À ce stade, nous essayons de fournir un soutien le meilleur et nous suivons constamment ce sujet.

Comme vous le savez, nous avons également des problèmes avec l’Arménie et la résolution du problème du Haut-Karabakh revêt une grande importance pour la résolution de ces problèmes. Ces deux problèmes sont presque liés. Nous disons souvent que sans la résolution du conflit arméno-azerbaïdjanais, la normalisation des relations entre la Turquie et l’Arménie ne sera pas possible.

La France est souvent décrite comme un pays où les Arméniens sont les plus nombreux et les plus fortement représentés dans la diaspora. Et, bien sûr, en tant que pays coprésident du groupe de Minsk, notre société n’a pas une vision claire de la France concernant le règlement du conflit arméno-azerbaïdjanais autour du Haut-Karabakh. La position de la Turquie est également du côté de l’Azerbaïdjan à ce propos. Comment caractérisez-vous les relations entre la Turquie et la France par rapport à cette situation ?

Les relations entre la Turquie et la France ne sont pas très bonnes ces derniers temps. Elles sont affectées par la position de la France sur le prétendu génocide arménien et, également par sa position relative à la Syrie.

 La France, malheureusement, n’aborde pas la situation en Syrie de manière aussi équilibrée et objective que souhaitable. La Syrie soutient ouvertement les terroristes à notre frontière. À cet égard, il existe un désaccord profond entre la Turquie et la France.

 C’est aussi le cas avec la reconnaissance par la France du génocide arménien. Ces positions sont néfastes pour les relations franco-turques, pour la France elle-même, et la mise en place d’une solution au problème du Haut-Karabakh. Elles créent des problèmes supplémentaires aux deux endroits. Nous pensons que la France doit reconsidérer rapidement ses positions.

Les peuples de l’Azerbaïdjan et de la Turquie sont très proches les uns des autres. L’avez-vous ressenti quand vous avez commencé à travailler dans notre pays?

Bien sûr. Avant d’être ambassadeur, j’avais déjà passé près de quatre ans en Azerbaïdjan. Je connais donc très bien notre proximité. Tous les turcs sont nés avec l’amour de l’Azerbaïdjan dans leur coeur. De même qu’en Azerbaïdjan, tout le monde aime la Turquie. Nous le considérons comme une partie intégrante de notre patrie. Tout ce que nous pensons être bon pour la Turquie, nous le souhaitons également pour l’Azerbaïdjan et nous travaillons dans ce sens. L’Azerbaïdjan est notre patrie et nous ne l’oublions jamais en remplissant notre mission ici et là. Soyez sûrs que tous les Turcs pensent  ainsi.

La vie de diplomate vous amène en permanence vers de nouveaux pays et vers de nouvelles personnes. Est-ce que cela crée des tensions dans la vie personnelle ? Est-ce difficile d’être diplomate?

La diplomatie est vraiment un métier magnifique. C’est fantastique de parcourir le monde, de voir différents pays, de se familiariser avec différentes cultures, de rencontrer des personnes de différentes cultures et de communiquer avec elles. Mais bien sûr, ce métier a aussi ses propres défis. La principale difficulté est de ne pas pouvoir vivre au même endroit de manière permanente. Les amitiés que vous avez nouées à un endroit donné, vous devez les quitter après une certaine période et vous devez vous rendre dans un nouvel endroit et y nouer de nouvelles amitiés. Bien entendu, c’est également un gros problème pour les enfants des diplomates. Mais c’est un honneur de représenter son pays et de travailler pour cela. D’autre part, comme je l’ai dit, découvrir de nouveaux lieux enrichit, développe et améliore toujours les perspectives. De ce point de vue, ce qu’ils gagnent de ce métier est bien plus que ce qu’ils perdent. Pour cette raison, j’aime la diplomatie et je recommande vivement aux jeunes qui le souhaitent de devenir diplomate.

Il y a beaucoup de similitudes entre nos cuisines. Mais les goûts sont différents. Y a-t-il un plat purement azerbaïdjanais que vous aimez? Lequel?

La cuisine azerbaïdjanaise est très riche et certains de mes plats préférés sont Azerbaïdjanais. Vous ne trouverez nulle part de meilleurs kébabs qu’en Azerbaïdjan. En Turquie,  il y a des brochettes, mais le goût en est tout autre. Le goût des plats faits maison en Azerbaïdjan est très différent. Votre cuisine a autant de soupes que de dushbéré. Vos fruits séchés sont également excellents. Nulle part dans le monde nous ne pouvons trouver ces aliments. Vous ne pouvez les voir que dans certaines parties de la Turquie. En Azerbaïdjan, il n’y a jamais de problème à trouver un plaisir culinaire car votre cuisine est très riche. Les spécialités, les légumes et les fruits en Azerbaïdjan sont tous aussi beaux et délicieux que vos plats. Vos bonbons, vos baklavas, par exemple, baklavas de Sheki, baklavas d’autres régions, goghals, chékérbouras et badambouras sont tous beaux et délicieux.

Quel est votre intérêt pour la musique et l’art? Quels loisirs avez-vous?

J’aime écouter de la musique. La musique est un domaine de l’art qui rassure l’âme, la fait revivre telle qu’elle existe, donne la vie et donne vie à nos pensées. C’est pourquoi j’aime la musique et j’essaie d’écouter de la musique j’essaie de vivre avec de la musique à tout moment de ma vie. En plus de la musique, regarder des films est un de mes passe-temps. J’aime aussi voyager et visiter des musées ici et ailleurs dans le monde. Parce que les musées renseignent les gens sur leur situation, ils nous apprennent beaucoup. J’ai visité presque tous les musées d’Azerbaïdjan. L’un de mes musées préférés est le musée Heydar Aliyev, très beau et riche en expositions, il attire également les visiteurs en raison de son architecture. Les deux autres musées que j’ai visités sont le musée d’histoire et le musée national du tapis. Ces musées sont également des lieux précieux qui reflètent notre histoire et notre passé.

Connaissez-vous et aimez-vous l’art et le peuple de l’art azerbaïdjanais?

Bien sûr. Nous avons une connaissance personnelle et une amitié avec de nombreux artistes et musiciens. Si nous commençons à compter nous ne pourrons pas compter (rires). Nous entretenons d’excellentes relations avec l’Union des écrivains d’Azerbaïdjan, l’Union des compositeurs et notre ambassade.

Avez-vous une chanson préférée azerbaidjanaise?

Je vous pose une question. La Turquie n’aime-t-elle pas les chansons azerbaïdjanaises? Alors laquelle de ces belles chansons puis-je choisir et dire: « C’est plus beau »? « Nazanda Sevgilim », « Ala gozlüm » est l’une des chansons les plus populaires en Turquie. Mais, par exemple, si je cite le nom de la chanteuse Shovket Alakbarova et que je parle de ses chansons, je suis injuste envers le compositeur Tofig Guliyev sans compter  le compositeur Emin Sabitoglu. Et le meilleur de tous, ils sont tous très beaux sans exception je peux dire.

Merci pour l’interview!