Le système de santé azerbaïdjanais face au COVID-19

Enrayer la pandémie de Covid-19 est un challenge pour bon nombre de pays qui, au fur et à mesure des découvertes scientifiques et des retours d’expérience, mettent en œuvre leurs politiques pour limiter l’impact dévastateur du virus. D’un quasi-consensus, priorité est donnée à sécurité sanitaire des populations. L’Azerbaïdjan n’échappe pas à la règle. Mais qu’en est-il de son système de santé ?

Le Dr Araz Bayramov, urologue, membre du conseil de l’hôpital-clinique privé de Bakou et ex-interne du CHU de Lyon, a pris le temps de nous éclairer sur la situation.

GS : Comment le système de santé s’organise-t-il en Azerbaïdjan ?

Dr Bayramov : C’est l’une des fonctions principales de l’État d’assurer les soins de santé à la population, cela est mentionné dans la Constitution de 1995. Le système de santé est principalement divisé entre le ministère de la santé et le système de l’Agence nationale de l’assurance maladie obligatoire et de l’Association de gestion des bureaux de zones médicales (TƏBİB) [équivalent de l’ARS en France]. Le système de santé en Azerbaïdjan s’est amélioré ces dernières années. De nouveaux établissements médicaux ont été construits, des équipements médicaux à la pointe ont été fournis et le personnel médical a été formé. Par ailleurs, des organisations internationales (USAID, UNICEF, OMS, Banque mondiale) ont aidé l’Azerbaïdjan dans le domaine des soins de santé. La Fondation Heydar Aliyev a également lancé des projets pour soutenir les soins de santé, notamment concernant les patients diabétiques et ceux atteints de thalassémie, pour les traitements, pour l’organisation du don de sang, mais encore pour l’amélioration de l’état de santé des mères et de leurs nouveaux nés…

GS : Aujourd’hui, avec la propagation du virus COVID-19, qu’en est-il de la prise en charge des patients ?

Dr Bayramov : Le 28 février dernier, le quartier général opérationnel du Cabinet des ministres de la République d’Azerbaïdjan a confirmé le premier cas d’infection au coronavirus en Azerbaïdjan. Dans la lutte contre ce nouveau coronavirus, les médecins utilisent des médicaments qui ont été initialement développés pour traiter d’autres pathologies. La situation change chaque jour, tout comme les connaissances scientifiques sur les traitements possibles. Pour l’instant, ici, l’accent est mis principalement sur les des antiviraux utilisés, par exemple, contre le VIH, des médicaments comme le Remdesivir et le Ritonavir (ou Lopinavir).

GS : Avez-vous des chiffres, bilan de l’épidémie, à nous communiquer ?

Dr Bayramov : L’Azerbaïdjan a enregistré jusqu’à présent 1197 personnes infectées par le coronavirus, dont 351 sont sorties guéries de l’hôpital et 13 sont décédées. Le pays compte aujourd’hui 833 personnes placées sous surveillance médicale, dont 24 sont dans un état grave, 28 dans un état modéré et les autres dans un état stable.

GS : Le gouvernement a-t-il pris des dispositions spéciales en ce qui concerne la santé dans le cadre de cette épidémie ?

Dr Bayramov : Le 13 avril dernier, le président de l’Azerbaïdjan, Ilham Aliyev, a annoncé un investissement de 97 millions de manats (AZN) pour construire un hôpital comportant 6 unités afin d’améliorer l’accès aux soins des patients confrontés aux conséquences sociales, économiques et sanitaires de la pandémie de COVID-19.

GS : Quel est votre position concernant le protocole proposé par le Pr Raoult de l’Institut des maladies infectieuses de Marseille ?

Dr Bayramov : L’hydroxychloroquine, dérivée de la chloroquine, est un médicament contre le paludisme. Il est efficace en bithérapie dans le traitement contre le nouveau coronavirus. Le point positif des travaux de Didier Raoult, c’est d’avoir fait la lumière sur un médicament potentiellement efficace, sans toutefois faire la preuve de son efficacité au vu des trop nombreux travers de ses travaux. Grâce lui et son équipe, l’hydroxychloroquine a été ajoutée à la liste des produits testés dans le cadre de l’importante étude épidémiologique européenne Discovery, qui va tester 3200 patients dans différents pays dont 800 en France.

L’Azerbaïdjan n’est pas un foyer majeur de la pandémie de Covid-19, mais à l’instar de ses pairs, le pays actionne tous les leviers dont il dispose pour mettre sa population à l’abri, alors que la compétition se fait rude pour se fournir en matériels et consommables nécessaires aux hôpitaux et personnels de santé.

lagazetteaz.fr
Par Gunel Safarova