Zacharie Gross : La France est clairement opposée à toute tentation de pérenniser le statu quo

L’ambassadeur de France en Azerbaïdjan, Zacharie Gross, a accordé un entretien à l’AZERTAC.

Nous présentons le texte intégral de cet entretien :

– Monsieur l’Ambassadeur, comment qualifieriez-vous les relations entre l’Azerbaïdjan et la France ? Pensez-vous que nos réalisations dans ce sens au cours des 28 dernières années peuvent être considérées comme satisfaisantes ?

– Depuis la seconde accession de l’Azerbaïdjan à l’indépendance en 1991, la France et l’Azerbaïdjan développent des relations amicales et confiantes. Dès son accession au pouvoir, le président Heydar Aliyev avait fait le choix stratégique d’un partenariat avec la France. Ce choix a été reconduit par le président Ilham Aliyev. Je crois que cela reflète le fait que les intérêts de nos pays sont alignés : la France a intérêt à un Azerbaïdjan indépendant, stable, prospère et démocratique. Et l’Azerbaïdjan a intérêt à une France qui s’investit, avec l’Union européenne, dans la sécurité et la stabilité de la région.

Je veux d’ailleurs en profiter pour féliciter tous les Azerbaïdjanais à l’occasion de leur fête nationale et leur souhaiter succès, santé et bonheur. Ils peuvent être fiers des progrès faits en si peu d’années.

– Dans quelle mesure jugez-vous la coopération économique satisfaisante ? Dans quels autres domaines de l’économie existe-t-il des possibilités de coopération ? Comment décririez-vous l’impact de la pandémie de coronavirus (COVID-19) sur les relations économiques ?

– Les échanges économiques entre la France et l’Azerbaïdjan ont augmenté de manière très dynamique en 2019, avec un accroissement de plus de 20 % en un an. C’est une source de satisfaction. Toutefois, depuis le début de l’année, les échanges se sont fortement ralentis, sous l’effet de la pandémie du Covid-19 qui a freiné la consommation et l’investissement.

Mais nos deux pays ont pris des mesures importantes de relance de l’économie et de protection de l’emploi et des secteurs les plus durement touchés. L’Union européenne a aussi annoncé des programmes de garanties des crédits à hauteur de 500 milliards d’euros. Et le président Macron et la chancelière Merkel ont proposé un plan d’aides supplémentaire de 500 milliards d’euros pour les régions les plus impactés par la crise. L’Union européenne a d’ailleurs aussi très rapidement apporté une aide concrète à l’Azerbaïdjan, à hauteur de plusieurs millions d’euros, pour son secteur médical et le soutien à son économie.

On donne des raisons d’espérer que la croissance sera de retour dans la seconde moitié de l’année et en 2021. Nos échanges pourront alors augmenter à nouveau. C’est important parce que les entreprises françaises ont fait des offres dans des secteurs structurants pour l’avenir de l’Azerbaïdjan, comme le transport ferroviaire, l’eau, l’agriculture, et la pétrochimie.

– La France est l’un des pays les plus touchés par la pandémie de coronavirus. Cependant, malgré les contradictions, votre pays a fait tout son possible pour réduire les effets de la pandémie. Si l’on regarde les derniers chiffres, l’infection continue de baisser. À un moment où la pandémie fait rage dans le monde, l’Azerbaïdjan a pris toutes les mesures pour protéger ses citoyens. À votre avis, comment protéger nos pays de cette pandémie s’il y a une autre vague à venir ?

– Pour contrôler la crise actuelle, limiter le risque de résurgence de la pandémie de Covid19 et faire face à d’autres maladies meurtrières comme le sida et la tuberculose, il faut plus de coopération internationale. Il faut en premier lieu soutenir les Nations unies et l’OMS.

Il faut aussi développer un vaccin contre le coronavirus et s’assurer qu’il sera accessible pour tous les pays, à un prix raisonnable. Pour cela le Secrétaire général de l’ONU et le Directeur Général de l’OMS ont lancé un programme qui s’appelle ACT (Access to Covid19 Tools) que l’Azerbaïdjan est invité à rejoindre. Ce serait un geste fort de la part de l’Azerbaïdjan, qui préside actuellement le Mouvement des pays non-alignés.

– L’Azerbaïdjan attache une importance particulière aux idées du dialogue interculturel et du multiculturalisme et a accueilli un certain nombre d’événements internationaux importants. La France se caractérise également par sa société multiculturelle. Comment voyez-vous les opportunités de coopération mutuelle entre l’Azerbaïdjan et la France dans ce domaine ?

Oui, c’est frappant. Nos deux pays sont en effet très attachés à la laïcité, c’est-à-dire à l’idée que la religion doit rester une question privée et qu’elle ne doit pas régir le fonctionnement de la vie politique. C’est essentiel pour le développement d’une société moderne, égalitaire et inclusive. C’est un héritage indirect des philosophies des lumières que nos deux pays partagent.

– Le mois dernier, les coprésidents du Groupe de Minsk de l’OSCE, les ministres des affaires étrangères de l’Azerbaïdjan et de l’Arménie et le représentant personnel du président en exercice de l’OSCE se sont rencontrés lors d’une visioconférence. Il serait intéressant de connaître votre point de vue sur les résultats de la réunion et son impact sur le processus de négociation. Comment commenteriez-vous la position de la France en tant que coprésidente pour le règlement du conflit du Haut-Karabagh sur la base des normes et principes du droit international ?

– Le conflit du Haut-Karabagh, comme tous les conflits, est un conflit amer, en premier lieu pour ses victimes, civiles comme militaires, leurs familles, les réfugiés et les déplacés internes. Dans le cas du Haut-Karabagh, nous avons la chance d’avoir un processus diplomatique dans le cadre du Groupe de Minsk de l’OSCE qui s’efforce de le réguler et de rechercher une issue pacifique et durable. Comme cela fût le cas lors des dernières consultations par visioconférence nous devons œuvrer à la construction d’une atmosphère favorable à la poursuite de négociations constructives dans lesquelles l’Arménie et l’Azerbaïdjan soient pleinement investis, aux côtés des co-présidents, américain, français et russe. La France est clairement opposée à toute tentation de pérenniser le statu quo. Cela exige de tous pragmatisme, créativité et esprit de compromis. C’est le sens de l’action de la France en tant que coprésidente du Groupe de Minsk.

– La France est l’un des pays clés de l’UE. Les travaux sur un nouvel accord plus complet entre l’Azerbaïdjan et l’UE sont toujours en cours. Quels sont les principes de cet accord ? Comment qualifieriez-vous les relations Azerbaïdjan-UE ?

– Ce projet d’accord couvre vraiment tous les secteurs des relations entre l’UE et l’Azerbaïdjan, du dialogue politique au partenariat économique en passant par le développement durable, la lutte contre le changement climatique, les questions culturelles, etc.

Il faut réussir cette négociation et la terminer cette année. Sinon, ce serait vraiment une occasion manquée.

– La France est l’un des premiers pays au monde en matière d’éducation. La France est l’un des pays où les étudiants azerbaïdjanais vont étudier. Nous aimerions que vous fournissiez de brèves informations sur les programmes d’Etat afin que nos étudiants puissent en bénéficier pour étudier en France.

– La France n’accueille pas assez d’étudiants azerbaïdjanais et je le regrette. C’est dommage parce que les études y sont de très haut niveau. Elles peuvent se faire en anglais. Le coût des études universitaires en France est bien moindre que dans d’autres pays européens – sans parler des Etats-Unis. Il y a de belles universités dans toutes les villes de France, où il fait bon vivre. J’encourage donc les étudiants azerbaïdjanais à examiner l’offre universitaire française. On trouve beaucoup d’informations sur le site www.campusfrance.org

Par ailleurs, l’Ambassade de France offre chaque année une quinzaine de bourses spécifiquement pour les étudiants azerbaïdjanais qui veulent étudier en France. Les dossiers doivent être remis cette année avant le 5 juin. C’est sans compter les autres bourses auxquelles les Azerbaïdjanais peuvent candidater, comme tous les autres étudiants. Cette année par exemple, il y a eu six bourses gouvernementales dites « Eiffel », en plus des bourses de l’ambassade. Total a également accordé dix bourses cette année. Les informations peuvent être trouvées sur le site de l’Institut français d’Azerbaïdjan (www.ifa.az). Nous avons d’ailleurs deux personnes, à l’ambassade et à l’IFA, qui s’occupent à plein de répondre aux questions des jeunes Azerbaïdjanais et les aident à monter leur projet.