Reza Deghati : Depuis cette guerre, dans le monde entier, tous les pays sont en train de revoir leur pratique, leur méthode de guerre et leurs outils de guerre

Je pense qu’il faut étudier la deuxième guerre du Karabagh sous plusieurs aspects. De mon point de vue, considérant mon expérience de ces 40 dernières années en tant que photographe dans beaucoup de guerre au Moyen Orient, en Afrique, en Asie, la deuxième guerre du Karabagh est pour moi une nouvelle forme de guerre qui est née dans ce monde et dans l’Histoire du fait de la tactique de l’armée azerbaïdjanaise et de l’utilisation de drones, a estimé le célèbre photojournaliste Reza Deghati dans un entretien à l’AZERTAC.

Le Carrefour se réfère à l’Azertac. 

« Depuis cette guerre, dans le monde entier, tous les pays sont en train de revoir leur pratique, leur méthode de guerre et leurs outils de guerre. Au terme de ces 40 dernière années c’est la première réflexion qui me vient à l’esprit au sujet de cette guerre. Le deuxième point important dans cette guerre, pour moi, c’était aussi de voir la mise en œuvre de quelque chose que j’avais vu aussi dans les autres guerres : quand on veut reprendre sa maison cela donne une force, une énergie individuelle et collective qui se développe dans ces moments-là.

Pendant la deuxième guerre de Karabagh j’ai ressenti cette énergie individuelle chez tous les soldats, chez tous les militaires, et j’ai senti aussi collectivement cette volonté très forte, sans peur, qui est d’aller au-devant du danger. Il faut dire que j’ai connu beaucoup de guerre. Dans certaines parties du Karabagh, surtout à Choucha les soldats azerbaïdjanais ont mené des batailles qui vont rester dans l’Histoire. La géographie du théâtre d’opération était rude pour une offensive, il fallait gravir et atteindre le sommet de montagne.

Cette guerre a été une source de plusieurs enseignements.

Il y a 30 ans les gens ont été attaqués et ont été jetés sur les routes pieds nus après avoir été chassés de leur maisons les mains vides. Trente ans après ils sont revenus et ont repris leurs droits. Au bout de 30 ans il y a un peuple entier qui se soulève et qui parvient à se rendre justice pour lui- même. C’est un moment important dans l’histoire de l’humanité. Ce peuple a repris ses droits et a reconquis ce qui lui avait été soustrait. En 1992 les forces armées arméniennes ont fait beaucoup souffrir les Azerbaïdjanais, et en 2020 c’était leur retour. Voilà l’histoire et la leçon de Karabagh. C’est important. Vous avez fait du mal et vous avez reçu le même mal aussi. Quand j’ai vu à Erevan la file des gens -des filles, des mères, des pères – avec dans la main la photo de leurs proches, je me suis rappelé les Azerbaïdjanais après Khodjaly, à Aghdam, et dans les autres villes, qui cherchaient les cadavres de leurs proches.

Voilà la leçon du Karabagh et une leçon de l’Histoire. On fait du mal et en réponse on reçoit du mal. Ce qui m’a choqué, c’est une chose que je n’avais jamais vu nulle part pendant les guerres précédentes depuis 40 ans. C’est l’irrespect total des Arméniens envers les cimetières azerbaïdjanais. Dans les zones de l’Azerbaïdjan occupé, tout – les maison, les villages, les villes, les routes – tout était rasé au sol par les Arméniens. Et les Arméniens ont même attaqué les morts ; depuis 3 mois que je suis au Karabagh j’ai visité tous les cimetières possibles, mais il n’y a pas un seul cimetière que les Arméniens n’ont pas retourné pour chercher les dents en or sur les cadavres azerbaidjanais. Cela, c’est très, très choquant. Je pense qu’à un niveau international, l’Azerbaïdjan devra faire appel à un tribunal international. Car s’attaquer de cette façon aux cimetières, creuser et déterrer des corps, c’est une affaire criminelle.

L’Azerbaïdjan doit absolument faire appel à une grande organisation ou à un grand tribunal qui envoie des experts pour qu’ils voient et constatent l’état de ces cimetières, les ossements, les corps extraits des tombes. Ce n’est pas une affaire individuelle, c’est une communauté entière qui porte la responsabilité de cela. Ce ne sont pas 2 ou 3 individus isolés qui ont fait cela, parce que dans tous les cimetières que j’ai vus, toutes les tombes avaient été fouillées. J’ai des centaines de photos. Cela a quelque chose de très, très choquant. La deuxième chose qui m’a choqué est que dans de nombreux villages et villes, en dépit du fait qu’il existait des lieux pour abriter leurs vaches, leurs porcs, ils ont choisi systématiquement des mosquées, et des mausolées de grandes personnalités, comme Panah khan, pour y élever leurs cochons. Sachant que les musulmans et les cochons n’ont pas de bonnes relations… Cela aussi était systématique, ce n’est pas 2 ou 3 individus. Cela se rencontre partout dans le Karabagh.

La France et les Français ont été pris en otage par l’information, des otages de la vérité tenue par un groupe d’Arméniens et de pro-Arméniens. 500.000 Arméniens et leur amis députés ou sénateurs. Un groupe imposant dans la société française. Ce groupe dispose d’un levier important pour conduire les politiques dans le sens qu’ils veulent. Ce groupe a pris en otage une part des politiques pour négocier leurs 500.000 votes, et cela explique assez bien la réaction de certains députés français pendant la guerre du Karabagh. D’un tel amateurisme politique, même les enfants de classe élémentaire n’en auraient pas fait l’erreur, mais des politiciens l’ont fait. Un groupe ethnique a pris en otage un peuple au moyen d’un mensonge total.

Dans l’état actuel, cela ne pourrait advenir s’il n’y avait pas une volonté gouvernementale.

Il faut avoir des experts, des conseillers, des professionnels qui savent raconter l’histoire, qui savent par quel angle approcher ces événements. Cela demande une grande volonté et un planning du gouvernement.

Chaque chose que je vois au Karabagh, ce sont tous des éléments mondialement importants que l’Azerbaïdjan doit montrer pour faire valoir ses droits et exposer ses vérités au monde.

Aujourd’hui c’est la guerre de l’information. Quand on est dans le pays, en Azerbaïdjan, on ne voit pas bien qu’on est en train de perdre la guerre de l’information à l’étranger. C’est important quand on dit à haute voix qu’une guerre, cela se joue de plus en plus dans la tête des gens, au niveau des systèmes de représentation.

Kelbedjer est ma nouvelle destination.

L’ampleur de ces destructions peut être utilisée auprès des tribunaux pour que l’Azerbaïdjan puisse faire connaître ce que les Arméniens ont fait ; avec ces photos les Arméniens ne pourront pas nier ce qu’ils ont fait. »