La radio France Culture a diffusé une émission sur la victoire remportée par l’Azerbaïdjan dans la guerre du Karabagh

La radio France Culture a diffusé une émission sur la victoire remportée par l’Azerbaïdjan dans la guerre du Karabagh.

L’AZERTAC présente cet article dans son intégralité :

C’est un conflit qui s’inscrit dans l’histoire : le Haut-Karabakh que se disputent Arméniens et Azéris depuis près de 30 ans a été de nouveau le théâtre d’une guerre fin 2020. Trois mois après l’arrêt des hostilités, les intérêts des deux pays semblent toujours irréconciliables.

A l’issue d’une guerre de 6 semaines et d’un accord de cessez-le-feu entré en vigueur le 10 novembre, l’Azerbaïdjan a repris une grande partie des territoires perdus lors de la première guerre du Karabakh : les territoires de la partie sud du Haut-Karabakh, la ville de Shusha comprise, et les sept territoires adjacents qui servaient de zone tampon pour les Arméniens. Ces mêmes territoires que des dizaines de milliers d’Azerbaïdjanais avaient dû quitter dans les années 90 et où ils sont censés revenir une fois les infrastructures reconstruites.

Rasul et Aïgnur vivent depuis 27 ans dans un minuscule deux pièces dans le quartier Narimanov, à la périphérie de Bakou. Ici, pas de tours ultra modernes qui font la fierté des habitants de la capitale azerbaïdjanaise mais des petites maisons faites de bric et de broc. Rasul et Aïgnur ont été relogés dans un immeuble désaffecté. Ils viennent tous les deux du Karabakh qu’ils ont dû quitter en 1994 lorsque l’armée arménienne a lancé une offensive dans la région de Zangilan. Rasul, qui avait pris les armes à l’époque, a été blessé comme en témoignent les cicatrices sur son crâne. Des morceaux d’obus nous dit-il. Pour lui comme pour sa femme, la victoire de l’armée azerbaïdjanaise répare une injustice :

On exigeait tout simplement de récupérer ce qui était à nous. On s’est battu pour la justice et dieu merci, on a récupéré ce qui nous revenait.

Pour ce qui est de pardonner, Rasul n’y est pas encore prêt : « Jusqu’à la fin de ma vie, il me faudra vraiment beaucoup de temps pour oublier tout cela », confesse-t-il. « Entre nous, il y aura des soldats russes de maintien de la paix. On ne sera pas en contact les uns contre les autres. Donc on n’aura pas de sentiment de détestation les uns contre les autres. Pour que plus personne ne vive ce que j’ai vécu, je ne veux plus de bataille, plus de guerre ».

A 360 kilomètres de Bakou, la ville d’Agdam comptait 40 000 habitants azerbaïdjanais avant la première guerre du Karabakh. C’est aujourd’hui une cité fantôme. Agdam faisait partie de la zone tampon mise en place par l’Arménie tout autour du Haut-Karabakh. Elle a longtemps servi de base arrière aux combattants arméniens avant qu’elle ne soit rétrocédée par Erevan sans combats, en vertu de l’accord de cessez-le-feu.

Tarlan vit à Quzanli, à 30 km d’Agdam. Cette femme de 52 ans est veuve : une photo de son mari trône dans le salon. Il a été tué en 1993. Tarlan était enceinte de 3 mois. Depuis, la blessure ne s’est jamais refermée.

Aujourd’hui, les Arméniens sont nos ennemis. On ne peut pas faire comme si rien ne s’était passé. Parce qu’ils ont brisé ma vie, et celle de ma fille. Vous comprenez ? Ce n’est pas facile à digérer. La vie de mon enfant est brisée également.

Son amie Arzu, ancienne professeur de mathématique, originaire du même village, est encore plus vindicative

Que les arméniens reconnaissent que l’Azerbaïdjan a proposé de se mettre autour d’une table pendant plusieurs années. Qu’est ce qui s’est passé ? Ils ne se sont pas mis autour d’une table. Au final, le peuple a récupéré ce qui était à lui. Il fallait prendre une revanche. La terre, ça ne se donne pas. On peut donner un enfant mais pas la terre.

Ce désir de revanche, largement partagé par la population, a été instrumentalisé par le pouvoir qui a joué sur la fibre nationaliste durant les 44 jours du conflit. Mais depuis la victoire de l’Azerbaïdjan sur son voisin arménien, les diatribes bellicistes ont cédé la place à un discours qui se veut plus apaisé à l’égard d’Erevan de la part des autorités azerbaïdjanaises. Bakou parle aujourd’hui de réconciliation, à l’instar d’Hikmet Hajiyev, conseiller du président Ilham Aliyev pour les questions internationales.

Nous ne voulons pas d’inimitié et nous ne voulons pas d’hostilité entre l’Arménie et l’Azerbaïdjan. Et nous aimerions vivre en paix et dans des relations normales avec la République d’Arménie (….) Ce ne sera pas facile, nous le savons, mais nous voulons augmenter la confiance et construire des relations sincères entre la République d’Arménie et la République d’Azerbaïdjan. Par conséquent, pour nous, c’est un tournant et nous avons assuré la mise en œuvre de la résolution du Conseil de sécurité de l’ONU sur le terrain. Nous avons opéré sur le territoire azerbaïdjanais, nous n’avons aucune revendication sur aucun territoire d’aucun autre pays y compris l’Arménie, et nous respectons les frontières de l’Arménie. L’Arménie doit aussi respecter les frontières de l’Azerbaïdjan. Sur cette base, nous pouvons construire des relations normales, pacifiques, et l’Arménie et le peuple arménien peuvent gagner, et aussi bénéficier de cette coopération.

Pour ce qui est des exactions commises par des soldats azerbaïdjanais sur des soldats arméniens, Hikmet Hajiyev assure que les auteurs de ces crimes seront jugés tout en affirmant que des exactions ont aussi été commises du côté arménien. L’ONU réclame de son côté la libération des prisonniers de guerre et la restitution des corps des personnes portées disparues aussi bien côté arménien qu’azerbaïdjanais.

Le cessez-le-feu signé sous les auspices de la Russie a mis fin aux combats qui ont fait près de 6 000 morts des deux côtés. Mais l’accord a laissé en suspens la question épineuse de l’avenir de la partie arménienne du Haut-Karabakh. Quel sera son statut ? La porte-parole du ministère des Affaires étrangères Leyla Abdullayeva repousse sine die la question de la fixation d’un statut et précise le point de vue des autorités :

Il n’y a pas de république du Karabakh. C’est une entité illégale créée sur les territoires de l’Azerbaïdjan. Pendant toutes ces années, cette entité s’est comportée comme cela, sur notre territoire. Mais maintenant les hostilités sont terminées. Nous avons libéré nos territoires. Et pour nous, le Karabakh fait aussi partie de ces régions là (….). Pour nous, la question du statut est désormais à jeter aux oubliettes de l’histoire.

La rétrocession par l’Arménie des districts disputés à l’Azerbaïdjan a levé l’un des principaux désaccords entre Bakou et Erevan. Mais une source d’inquiétude demeure : celle de la préservation du patrimoine arménien dans les zones repassées sous contrôle de l’Azerbaïdjan. La ville de Shousha (Shoushi pour les Arméniens) dont le président Aliyev veut faire une capitale culturelle, a été récupérée au prix d’intenses combats. Sa chute en 1992 aux mains de l’armée arménienne avait été vécue comme un traumatisme. Reconquérir Shousha, forteresse stratégique, était une priorité pour Bakou. Au cours des combats, plusieurs bâtiments historiques ont subi des dégâts importants. Des roquettes ont notamment frappé le toit de la cathédrale Saint-Sauveur, l’une des plus grandes églises arméniennes du monde. Les Arméniens accusent les forces azerbaïdjanaises de les avoir tirés.

« Ce sont des dommages collatéraux », assure le ministre de la Culture Anar Karimov. « En tant que ministère de la Culture, on a déjà commencé des travaux pour faire un inventaire de tout le patrimoine historique et culturel (…). Nous allons travailler avec l’Unesco pour classer ce patrimoine comme patrimoine de l’humanité. Peut-être que cela servira à réconcilier les deux communautés (…). Notre but était de libérer le territoire de l’armée séparatiste de l’Arménie, mais on n’a pas de problème avec le peuple arménien qui peut habiter ces territoires avec la communauté azerbaïdjanaise. On a besoin de temps pour réconcilier les deux communautés. Mais on n’a pas d’autre choix ».