Vu du Royaume-Uni. Le vote Le Pen incarne les nouvelles fractures françaises

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D’un côté, la France des grandes villes dynamiques. De l’autre, celle des usines qui ferment et des laissés-pour-compte de la mondialisation… The Economist se penche sur les raisons du malaise d’une partie de l’Hexagone qui s’apprête à voter pour le Front national le 23 avril.
Il y a de grandes chances pour que Marine Le Pen arrive en tête du premier tour de l’élection présidentielle – ce qui serait sans précédent. Pour les autres candidats, le scrutin est devenu une course à l’échalote pour savoir qui l’affrontera le 7 mai au deuxième tour, et la campagne s’est muée en un test de capacité à formuler une réponse à cette résurgence nationaliste.

Mme Le Pen aura du mal à l’emporter au deuxième tour. Pour l’heure, aucun sondage ne lui donne la victoire. L’un la plaçait il y a quelque temps derrière Macron, à 42 % contre 58 % ; face à Fillon, elle améliorerait légèrement son score. Mais les marges de manœuvre laissent peu de place à l’optimisme satisfait. Elle mène sa campagne tambour battant, avec un parti bien organisé. M. Macron a beau jouer les candidats rebelles, il garde l’image d’un personnage sorti du moule de l’establishment – et n’est d’ailleurs pas sans rappeler ceux qui, lors du référendum sur le Brexit et l’élection présidentielle américaine, ne s’en sont pas aussi bien tirés que ne l’attendaient les élites. Beaucoup d’électeurs sont encore indécis et bien plus pourraient encore basculer. Plus des deux cinquièmes de ceux qui ont fait leur choix admettent qu’ils pourraient encore changer d’avis.
L’élection de Mme Le Pen ne porterait pas uniquement au pouvoir une dirigeante qui a comparé les prières de rue des musulmans à l’occupation de la France par les nazis. Elle déclencherait une crise gouvernementale : même si elle est présidente, son parti, le FN, n’a pratiquement aucune chance de dégager une majorité aux législatives de juin. Et elle menacerait l’avenir de l’Europe. Mme Le Pen a en effet promis d’abandonner l’euro pour revenir à un nouveau franc, et d’organiser un référendum sur une sortie de l’UE dans les six premiers mois de son mandat – mais elle aurait alors besoin de l’aval du Parlement. L’UE se remettra de la perte du Royaume-Uni, mais perdre la France mettrait un terme au projet qui, depuis soixante ans, sous-tend l’ordre européen.

Source: Courrier international